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dodo

mam tina la satanique !

5 Mai 2013 , Rédigé par dodo

Dans le sillage du départ de Thatcher, je me rappelle de ses victimes. La fille de Patrick Warby, Marie, fut l’une d’entre elles. Marie, âgée de cinq ans, souffrait d’une déformité intestinale et avait besoin d’un régime alimentaire spécial. Sans lui, la douleur était abominable. Son père était un mineur de Durham et avait utilisé toutes ses économies. C’était l’hiver 1985, la grande grève avait été lancée depuis près d’un an et la famille était ruinée. Bien que son éligibilité ne fut pas niée par le département de la sécurité sociale, on refusa une aide à Marie. Plus tard, j’ai obtenu les archives du cas qui montrèrent que Marie avait eu son cas refusé parce que son père était sous le coup “d’un conflit du travail”.

La corruption et l’inhumanité durant l’ère Thatcher n’ont connu aucune limites. Quand elle arriva au pouvoir en 1979, Thatcher demanda un embargo complet sur les exportations de lait vers le Vietnam. L’invasion américaine avait laissé plus d’un tiers des enfants vietnamiens mal nourris. Je fus le témoin de beaucoup de visions d’horreur, incluant des bébés devenant aveugles à cause du manque de vitamines. “Je ne peux pas tolérer ceci”, disait un médecin angoissé dans un hôpital pédiatrique de Saïgon, alors que nous regardions mourir un jeune garçon. Oxfam et Save the Children avaient expliqué au gouvernement britannique la gravité de la situation et de l’urgence. Un embargo mené par les Etats-Unis avait forcé une hausse des prix du kilo de lait de plus de dix fois celui du kilo de viande. Beaucoup d’enfants auraient pu recouvrer la santé avec le lait. L’embargo de Thatcher fut maintenu.

Au Cambodge voisin, Thatcher a laissé une autoroute de sang, secrètement. En 1980, elle demanda que le régime défunt et défait de Pol Pot, tueur de 1,7 millions personnes, garde son “droit” de représenter ses victimes à l’ONU. Sa politique était une vengeance à l’égard du libérateur du Cambodge: le Vietnam. Le représentant britannique reçut les instructions de voter avec Pol Pot à l’OMS, ainsi empêchant celle-ci de donner de l’aide là où elle était la plus nécessaire sur terre à cette époque.

Pour cacher cette ignominie, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine, les soutiens principaux de Pol Pot, inventèrent une “coalition de résistance”, dominée par les forces Khmers Rouges de Pol Pot et soutenue, suppléée par la CIA dans des bases le long de la frontière thaïlandaise. Il y avait un grain de sable. A la suite de l’affaire de l’Irangate et de la débâcle politique des armes pour les otages, le congrès américain avait interdit toutes les aventures de politique étrangère. “Dans un de ces accords que ces deux aimaient faire”, a dit un vétéran de Whitehall au Sunday Telegraph, “le président Reagan demanda à Thatcher que le SAS britannique prenne en charge l’affaire cambodgienne. Elle accepta sans problème.”

En 1983, Thatcher envoya le SAS britannique pour entraîner la “coalition” dans sa forme si distinctive de terrorisme. Des équipes constituées de 7 hommes du SAS arrivèrent de Hong Kong et les soldats britanniques se mirent à entrainer les “combattants de la résistance” en leur apprenant à poser des champs de mines anti-personnelles dans un pays dévasté par le génocide et ayant à cette époque le plus haut taux de mortalité au monde par mines anti-personnels.

J’ai rapporté ceci à cette époque et plus de 16 000 personnes écrivirent à Thatcher des lettres de protestation. “Je confirme”, répondit-elle au leader de l’opposition Neil Kinnock, “qu’il n’y a aucune implication du gouvernement britannique en ce qui concerne l’entrainement, l’équipement ou la coopération avec les Khmers Rouges ou leurs alliés.” Le mensonge était époustoufflant. En 1991, le gouvernement de John Major a admit au parlement que le SAS avait bel et bien entrainé la “coalition”. “Nous aimons les britanniques”, m’avait déclaré plus tard un combattant Khmer Rouge. “Ils sont très bons à nous apprendre comment faire des pièges, booby traps. Des gens sans méfiance, comme les enfants dans les rizières, sont les principales victimes.”

Quand les journalistes et les produceurs du documentaire référence d’ITV, “Death on the Rock”, exposèrent comment le SAS avait contrôlé les autres escadrons de la mort de Thatcher en Irlande et à Gibraltar, ils furent harcelés par les “journalistes” de Ruppert Murdoch, se planquant alors derrière les barbelés de Wapping. Bien qu’exonérée, Thames TV perdit sa franchise ITV.

En 1982, Le croiseur argentin, General Belgrano, patrouillait en dehors de la zone d’exclusion maritime des Falklands. Le vaisseau ne posait aucune menace et pourtant Thatcher ordonna qu’il fut coulé. Il y eu 323 victimes, des marins dont beaucoup étaient des conscrits de moins de vingt ans. Le crime avait une certaine logique. Parmi les plus proches alliés de Thatcher figuraient des tueurs en série comme Pinochet du Chili ou Suharto d’Indonésie, “responsables de la mort de plusieurs millions de personnes” (Amnesty International). Bien que l’état britannique ait armé depuis longtemps les plus grandes tyrannies au monde, ce fut Thatcher qui amena un zèle de croisade dans les contrats, vantant les meilleurs points techniques des moteurs d’avion de combat avec des princes saoudiens durs en affaire et demandeurs de pots-de-vin. Je l’ai filmé dans un salon de l’armement, caressant un missile rutilant et disant: “Je prendrai un de ceux-ci”.

Dans son enquête des armes pour l’Irak, Lord Richard Scott a entendu des preuves qu’un segment entier du gouvernement Thatcher, de hauts-fonctionnaires aux ministres, avaient menti et enfreint la loi en vendant des armes à Saddam Hussein. Ils étaient ses “p’tits gars”. Feuilletez les vieux numéros du Bahdad Observer et on y voit les photos de ses p’tits gars, la plupart membres de cabinets ministériels, sur la couverture, assis avec Saddam sur son fameux divan blanc. Il y a là Douglas Hurd, un David Mellor rayonnant, lui aussi du ministère des affaires étrangères et ce vers l’époque où leur hôte avait ordonné la gazage de quelques 5 000 Kurdes. Suivant cette atrocité, le gouvernement Thatcher doubla les crédits de Saddam.

Peut-être est-il trop facile de danser sur sa tombe. Ses funérailles furent une opération de propagande digne d’un dictateur: un show absurde de militarisme dégoulinant, comme si un coup d’état venait d’avoir lieu. Et il a eu lieu. “Son véritable triomphe”, a dit un autre des ses p’tits gars, Geoffrey Howe, un ministre de Thatcher, “a été de ne pas avoir transformé un parti politique, mais deux, ainsi lorsque le parti travailliste retourna aux affaires, le gros du boulot du thatchérisme était accepté comme étant irréversible.”

En 1997, Thatcher fut le premier ex-premier ministre à visiter Tony Blair après qu’il fut entré à Downing Street. Il y a une photo d’eux, unis en un rictus: le criminel de guerre bourgeonnant et son mentor. Lorsque Ed Milliband, dans son “tribut” onctueux, caricatura Thatcher comme une “brave” héroïne du féminisme, dont il honorait personnellement les résultats, alors vous saviez que la vieille tueuse n’était pas du tout morte.

 

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